Repères de crues ?

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Le repère de crue, un élément de la culture du risque

Certains cours d’eau, voire certains grands bassins (comme celui de la Loire) n’ont pas connu d’événement majeur dans les dernières années voire dernières décennies. Les crues exceptionnelles de la Loire moyenne datent par exemple de plus de 150 ans. Il est donc normal que la mémoire de ces événements puisse disparaître, d’autant plus qu’il est aujourd’hui moins fréquent de vivre toute sa vie au même endroit.
Hors, si la mémoire se perd, la possibilité de la survenue d’un événement d’inondation majeur ne disparaît pas, menaçant des enjeux bien plus grands et bien plus vulnérables aujourd’hui.
Les repères de crue sont les témoins historiques des grandes inondations passées. Ils matérialisent le souvenir de ces événements importants, que le temps ou le traumatisme peuvent parfois biaiser, en indiquant le niveau maximum atteint par un événement d’inondation en un point donné. Ils rappellent ainsi les conséquences de la survenue d’une crue équivalente et permettent d’imaginer les conséquences au niveau local d’une telle hauteur d’eau.

On les trouve sous diverses formes en fonction de l’époque. Ainsi, peuvent-ils être gravés dans la pierre ou directement peints. Il peut également s’agir de plaques métalliques ou de macarons scellés dans les murs, de carreaux en émail, ou bien d’autres formes encore. Outre le niveau qu’il représente, le repère mentionne généralement la date de l’inondation considérée et, à l’occasion, la cote mesurée rapportée à un référentiel local, ou exprimée dans le référentiel de nivellement général (de l’époque).


Même si la majorité des repères fait référence à des inondations dues à des débordements de cours d’eau, les repères de crues peuvent également concerner d’autres phénomènes, comme :

- les submersions marines (exemple : les inondations liées à la tempête Xynthia en 2010 sur le littoral Atlantique français) ;

- les remontées de nappe (exemple : les inondations de la vallée de la Somme en 2001) ;

- le ruissellement (exemple des inondations en milieu urbain ou rural lors d’épisodes orageux exceptionnels).

 

Législation sur les repères de crues

La loi « Risques » de 2003 (article L563.3 du Code de l’Environnement) apporte une réponse au besoin de cultiver la conscience du risque et à la disparition des repères de crue en imposant aux collectivités territoriales exposées au risque :

- un inventaire des repères de crue existants ;

- l’établissement de repères correspondant aux crues historiques ou aux nouvelles crues exceptionnelles, en un nombre suffisant et visibles du plus grand nombre ;

- l’entretien et la protection des repères.

Extrait de la loi n° 2003-699 du 30 juillet 2003, dite loi « risques », article L563‑3 :
« Dans les zones exposées au risque d'inondations, le maire, avec l'assistance des services de l’État compétents, procède à l'inventaire des repères de crues existant sur le territoire communal et établit les repères correspondant aux crues historiques, aux nouvelles crues exceptionnelles ou aux submersions marines. La commune ou le groupement de collectivités territoriales compétent matérialisent, entretiennent et protègent ces repères. »

Article L563-3 du Code de l’Environnement

Décret n°2005-233 du 14 mars 2005 pris pour l’application de l’article L563-3 du Code de l’Environnement et relatif à l’établissement des repères de crues

Arrêté du 16 mars 2006 relatif au modèle des repères des plus hautes eaux connues

Arrêté du 14 mars 2005 relatif à l’information des propriétaires ou gestionnaires concernés par l’établissement des repères de crue

 

Par ailleurs, les repères de crue, comme les repères de nivellement ou les bornes géodésiques sont soumis à une servitude de droit public (loi 43-374 du 6 juillet 1943), et leur destruction, détérioration ou déplacement peut être puni par une amende en application de l’article 322.2 du Code Pénal.

Loi n°43-374 du 6 juillet 1943 relative à l’exécution des travaux géodésiques et cadastraux et à la conservation des signaux, bornes et repères

 

Les repères de crues, un patrimoine fragile

Le patrimoine que constituent les repères de crue est fragile. Au cours de leur longue vie, ils peuvent être victimes de la démolition du bâtiment qui les porte, de sa reconstruction, d’un ravalement de façade, du manque d’entretien, de l’érosion voire de malveillance.
Or, chaque repère qui disparaît emporte avec lui de manière irréversible une information précieuse, car rare. Il est donc important de capitaliser ce savoir avant la disparition des marques témoins des grandes inondations.

Gazelle F., Maronna K. (2009). Conservation et disparition des repères de crues – Exemple des repères apposés après la crue de 1930 en Lot-et-Garonne et dans le sud du Tarn, Physio-Géo, Vol. 3/2009, p. 21-33

 

Où trouver des repères de crues anciennes ?

C’est le long de la rivière qu’on a le plus de chance de trouver des repères de crues anciennes. Après les inondations les plus importantes, des marques ont été gravées ou des plaques ont été posées pour garder l’indication du niveau d’eau atteint. On les trouvera donc principalement sur des ouvrages fixes anciens tels que les quais, les piles de pont, ainsi que sur des bâtiments anciens situés à proximité du cours d’eau tels que : églises, moulins, lavoirs, maisons éclusières, etc.
Toutefois, on peut également en trouver en s’éloignant de la rivière (et c’est même dans ces endroits qu’ils sont les plus précieux puisque témoignant de l’ampleur des inondations). Pour identifier la zone inondable dans son ensemble, on peut consulter les atlas des zones inondables et/ou des plus hautes eaux connues, disponibles en ligne auprès des services de l’État.
Les archives donnent aussi de précieux renseignements. Ainsi les cartes postales anciennes et les photographies des crues passées sont des mines de lieux potentiels pour des repères de crue.

 

Les laisses d’inondations et les témoignages

Au-delà des repères physiques, qu’ils soient historiques ou mis en place plus récemment, il est également nécessaire de considérer les marques temporaires observables juste après une inondation (parfois appelées « laisses d’inondation »). Celles-ci peuvent s’apparenter à un dépôt de matière (matières solides, sables, limons, débris végétaux, déchets plastiques, hydrocarbures), à des marques de présence de l’eau (traces d’humidité, décoloration d’un support). Selon leur origine, on peut les constater sur les murs, mais également sur des supports ajourés (grillage, clôture) sur les arbres ou simplement sur le sol.

Ces marques temporaires ont une durée d’existence forcément limitée, nécessitant une bonne réactivité pour collecter les informations, et peuvent parfois comporter une relative imprécision. On peut par exemple observer des différences de niveau en fonction de leur nature, les dépôts limoneux pouvant matérialiser des marques plus basses que certains débris flottants très légers, et certaines traces d’humidité pouvant remonter au-dessus du niveau réellement atteint par l’eau par capillarité.

D’une manière générale, une marque horizontale bien matérialisée sur une surface verticale est gage d’une certaine fiabilité.

Un guide méthodologique consacré à la collecte d’informations sur le terrain suite à une inondation été élaboré par le Cerema et a été publié en mai 2017. Il est avant tout destiné aux professionnels du domaine et constitue la référence en la matière en France:

Un guide extrêmement complet a également été produit aux États-Unis en 2016 par l’USGS (en anglais).

Les marques temporaires et témoignages recueillis pour des événements majeurs, une fois validés, peuvent ensuite être pérennisés par la pose de repères physiques. Les repères historiques que nous trouvons aujourd’hui sont très probablement le résultat de marques temporaires ou de témoignages d’époque qui ont été pérennisés, comme en témoigne cet extrait d’une note du service hydrométrique central du bassin de la Seine datée du 30 novembre 1882, demandant la mise en place de repères suite à une crue :
« Je vous prie de bien vouloir prendre d’urgence les dispositions nécessaires pour que les renseignements suivants soient, autant que possible, réunis dans votre service, dès que la crue approchera de son maximum :
1° Repérer exactement le niveau maximum, en notant autant que possible la date et l’heure, au moyen de traits gravés sur des ouvrages fixes, bâtiments, escaliers, culées de ponts ; on se placera à l’aval de tous les ouvrages susceptibles de produire des remous et autant que possible au voisinage des repères du nivellement général au moyen desquels on obtiendra ultérieurement l’altitude exacte du maximum de la crue. »

La pertinence de ces consignes, toujours d’actualité, suscite l’admiration plus d’un siècle après.

 

L’exploitation technique des repères de crues

Les repères de crues sont particulièrement utiles pour la connaissance des phénomènes passés. Par mesure de l’altitude exacte du repère, on peut déduire les zones d’altitude équivalente qui étaient susceptibles d’être inondées et qui le seraient à nouveau aujourd’hui. Situés en lit majeur, ils aident à définir l’emprise de l’inondation. La présence de repères en nombre suffisant permet aussi d’extrapoler le niveau de la rivière là où l’information historique n’est pas disponible.

Par exemple, ils ont pu être utilisés pour la reconstitution des plus hautes eaux connues en Loire moyenne, démarche entamée courant 2011, préalable à une révision des plans de prévention du risque inondation sur les territoires concernés.
La reconstitution des altitudes des nombreux repères de crue disponibles (encore existants ou tirés de documents d’archives), et l’analyse de leur répartition géographique sur les vals de Loire moyenne ont permis de reconstituer la nappe d’inondation de manière continue. Au-delà de quelques zones mal connues (à proximité immédiate des brèches dans les digues de Loire par exemple), l’incertitude générale des hauteurs de submersion reproduites est estimée à une trentaine de centimètres (associant incertitude sur la topographie et sur la représentativité du maximum).

Par ailleurs, les études de modélisation des écoulements (en général, une reproduction numérique des phénomènes) nécessitent également des repères et laisses de crue pour le réglage des outils (meilleure reproduction possible des événements connus, y compris des crues non exceptionnelles). C’est une nécessité pour pouvoir estimer au mieux les phénomènes non encore arrivés (crues exceptionnelles dans les conditions actuelles, impacts des aménagements sur les écoulements…) et garantir des études aussi justes que possible.

 

Quelques conseils pour la restauration des repères de crues

Avant la pose de repères neufs relatifs à des crues anciennes, il est pertinent de procéder à la restauration de ceux déjà existants. Pour cela, quelques règles simples doivent être suivies :

- il faut se concentrer sur les repères :

  1. en mauvais état ;
  2. correspondant aux crues les plus fortes ;
  3. les plus visibles du public ;

- il est nécessaire de vérifier la validité des repères pour être certain que l’altitude est effectivement représentative de l’événement indiqué : certains repères ont pu être déplacés, d’autres correspondre à un phénomène particulier, ou à un niveau qui n’est pas le niveau maximal ;

- le support du repère doit être restauré en premier lieu, afin d’assurer la pérennité du travail ultérieur : débroussaillage, nettoyage, reprise de la maçonnerie ou des joints le cas échéant ;

- le repère peut enfin être restauré par la reprise de la gravure et/ou de sa peinture, en essayant de respecter les usages locaux (à partir des repères alentour).

D’une manière générale, la gravure profonde, rehaussée d’une peinture contrastée avec le support, sera la solution la plus pérenne et la plus efficace en termes de visibilité. Une marque à la peinture seule, ou a fortiori au feutre, ne résistera bien entendu pas aussi longtemps. Quant à l’apposition de plaques ou de macarons, préférer des objets scellés ou rivetés plutôt que des fixations « démontables » type chevilles et vis.

Enfin, il est important de procéder à la mise à jour des informations associées à la restauration dans la base de données nationale. Cela peut être effectué directement par certains maîtres d’ouvrages ou bien en informant les gestionnaires de la base de donnée correspondante.

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